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Comment donner envie de lire à un enfant ? La question qui a changé ma façon de créer Bazookat

Quand j’ai commencé à imaginer Bazookat, je ne me suis jamais demandé : « Comment vendre une bande dessinée ? »

26 juillet 2026 · 20 min de lecture · Arnaud
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Quand j’ai commencé à imaginer Bazookat, je ne me suis jamais demandé : « Comment vendre une bande dessinée ? »
Je me suis posé une autre question.
Une question beaucoup plus simple.
Comment donner envie à un enfant de tourner la page suivante ?
Parce qu’au fond, c’est ça le vrai défi.
Aujourd’hui, un enfant peut regarder des centaines de vidéos en quelques minutes, discuter avec ses amis en ligne, jouer à des jeux qui lui offrent une récompense toutes les trente secondes ou regarder des dessins animés sans avoir besoin d’imaginer quoi que ce soit.
Face à ça, un livre paraît parfois silencieux. Il ne clignote pas. Il ne fait pas de bruit. Il ne demande qu’une seule chose : qu’on lui accorde un peu de temps.  Et pourtant…
Je suis convaincu que la lecture reste l’une des plus belles aventures qu’un enfant puisse vivre. Pas parce qu’on nous l’a toujours répété à l’école. Pas parce que lire permet d’avoir de meilleures notes.
Mais parce qu’un livre demande quelque chose qu’aucun écran ne pourra jamais remplacer : l’imagination du lecteur.

Un enfant n’aime pas forcément ne pas lire#

J’entends souvent cette phrase : « Mon enfant n’aime pas lire. »

Mais est-ce vraiment vrai ? Je n’en suis pas certain.

Je pense surtout que beaucoup d’enfants n’ont pas encore rencontré l’histoire qui leur correspond.Quand un enfant regarde le même dessin animé vingt fois, personne ne dit qu’il n’aime pas les histoires. Quand il connaît les dialogues d’un film par cœur, personne ne dit qu’il manque d’imagination.

Quand il invente des aventures avec ses jouets, quand il construit une cabane dans le salon ou transforme une boîte en fusée, personne ne doute de sa capacité à rêver. Alors pourquoi conclure qu’il n’aime pas lire ?

Peut-être qu’il n’a simplement pas encore trouvé le livre qui lui donnera envie de continuer. Je suis persuadé qu’il existe quelque part une histoire capable de provoquer ce déclic. Le tout est de la trouver. Et parfois, ce livre n’est pas celui que les adultes auraient choisi pour lui.

Arrêtons de faire de la lecture une obligation#

Je crois que beaucoup d’enfants associent les livres à l’école. On leur demande de lire parce qu’il faut lire. On leur demande de faire un résumé. On leur demande de répondre à des questions. On leur demande parfois même de terminer une histoire qu’ils n’aiment pas.

À force, la lecture devient une activité évaluée. On ne lit plus pour savoir ce qui va arriver. On lit pour avoir une bonne note.

Alors que lire devrait avant tout être un plaisir. On ne demande pas à un enfant de faire une fiche de compréhension après avoir regardé son dessin animé préféré.

On ne lui demande pas d’expliquer la psychologie de son héros avant de lui permettre de regarder l’épisode suivant. Pourquoi faudrait-il systématiquement analyser un livre avant même d’avoir appris à l’aimer ?

Bien sûr, apprendre est important.

Comprendre un texte, enrichir son vocabulaire et développer sa concentration le sont aussi. Mais il ne faudrait jamais oublier que les histoires existent d’abord pour nous faire voyager. À partir du moment où la lecture devient une punition, elle perd une partie de sa magie.

Je pense qu’il vaut mieux dix minutes de lecture avec envie qu’une heure passée à regarder l’horloge en attendant d’avoir le droit de refermer le livre.

Le bon livre n’est pas toujours celui qu’on imagine#

Je crois aussi que les adultes choisissent parfois les livres qu’eux-mêmes auraient aimé lire. Pourtant, les goûts d’un enfant peuvent être complètement différents.

Certains adorent les dinosaures. D’autres préfèrent les chats. Les robots. Les pirates. Les dragons. Les plantes. Les voitures. Les enquêtes. Les histoires drôles.

Il n’y a pas de mauvais sujet. Il n’y a que des histoires qui parlent… ou qui ne parlent pas.

Je préfère voir un enfant dévorer une bande dessinée qu’abandonner un roman qu’il trouve ennuyeux. Parce qu’une habitude de lecture commence rarement par le livre parfait. Elle commence souvent par un livre qu’on a envie d’ouvrir.

Je pense qu’on sous-estime parfois l’importance de la couverture, du dessin, de l’humour ou simplement du thème. Pour un adulte, ce sont parfois des détails.

Pour un enfant, ce sont souvent les premières raisons d’ouvrir le livre.

Il faut accepter qu’il puisse choisir une histoire simplement parce qu’il aime le personnage, les couleurs ou parce qu’un robot-chat lui semble drôle.

Ce n’est pas une mauvaise façon de choisir un livre. C’est peut-être même la meilleure. L’envie vient avant l’habitude.

Et l’habitude vient avant le goût de lire.

L’imagination est le véritable moteur de la lecture#

Quand on regarde un film, tout est déjà décidé. Les visages. Les décors. Les voix. La musique. Le rythme. Dans un livre, c’est complètement différent.

Même dans une bande dessinée, où les personnages et les lieux sont dessinés, il reste encore énormément de place au lecteur.

Il choisit le rythme. Il imagine les voix. Il entend les bruits. Il décide combien de temps il reste sur une image.

Deux enfants qui lisent la même histoire ne vivent jamais exactement la même aventure.

C’est cette magie qui me fascine. Chaque lecteur construit son propre univers. Il devient presque le co-auteur de l’histoire.

Et c’est peut-être pour cette raison que certains livres nous accompagnent toute une vie.

On ne se souvient pas toujours de chaque phrase. On ne se souvient pas de toutes les pages. Mais on se souvient de ce qu’on a ressenti.

D’un personnage. D’un lieu. D’une peur. D’un éclat de rire.

D’une aventure que l’on aurait voulu continuer une fois le livre refermé.

Une bande dessinée est une vraie lecture#

J’entends encore parfois que la bande dessinée serait une petite lecture. Je ne suis pas d’accord. Une bande dessinée reste un livre.

Elle demande de lire des dialogues, de comprendre les expressions des personnages, d’observer les décors, de suivre le rythme du récit et de relier les images entre elles. Entre deux cases, il se passe parfois beaucoup de choses qui ne sont jamais montrées.

C’est au lecteur de les comprendre. C’est aussi à lui d’imaginer les mouvements, les sons et le temps qui s’écoule. La bande dessinée accompagne davantage le lecteur grâce à l’image, mais elle ne réfléchit pas à sa place. Pour certains enfants, c’est exactement ce qu’il faut.

Tous les lecteurs ne commencent pas par un roman de trois cents pages. Et ce n’est pas grave. L’important n’est pas le nombre de pages.

L’important, c’est de prendre goût aux histoires. Si une BD jeunesse donne envie à un enfant d’ouvrir un deuxième livre, puis un troisième, alors elle a déjà rempli une mission immense.

Je préfère voir un enfant lire une bande dessinée avec le sourire plutôt que regarder un gros roman prendre la poussière sur une étagère. Une histoire peut être courte et laisser une trace immense.

Elle peut être remplie d’images et demander beaucoup d’attention. Elle peut faire rire tout en parlant de sujets importants.

Ce n’est pas le format qui fait la qualité d’une lecture. C’est ce qu’elle provoque chez le lecteur.

Une histoire ne s’arrête pas à la dernière page#

Quand j’étais enfant, je me souviens surtout des univers qui continuaient d’exister une fois le livre refermé. Je rejouais les scènes dans ma tête.

J’inventais la suite. Je dessinais parfois les personnages. Pour moi, une bonne histoire ne se termine jamais vraiment. Elle continue à vivre dans notre imagination.

C’est exactement ce que j’ai essayé de construire avec Bazookat. Je ne voulais pas simplement créer une bande dessinée jeunesse.

Je voulais créer un univers. Un endroit où les enfants ont envie de revenir.

Un potager immense où la technologie pousse avec les légumes, où un chat robot prépare des potions, où chaque personnage a sa personnalité et où les paysages racontent déjà quelque chose avant même qu’une bulle soit lue.

Je voulais que les enfants aient envie de découvrir ce qui se cache plus loin. Derrière la serre. Sous la terre. Dans les marais. Au-delà des montagnes.

Quand un enfant referme le livre, j’aimerais qu’il se demande : « Et après ? »

Parce que c’est souvent cette question qui donne envie d’ouvrir un autre livre.Ou d’attendre le tome suivant.

Ou même d’inventer soi-même la suite.

Pourquoi j’ai ajouté de la musique à Bazookat#

Pendant la création de Bazookat, je me suis posé une autre question.Est-ce que la musique peut accompagner la lecture sans remplacer l’imagination ?

Je ne voulais surtout pas créer un dessin animé. Je ne voulais pas imposer un rythme au lecteur. Je voulais qu’il reste maître de son expérience.

Qu’il puisse observer une case pendant quelques secondes ou plusieurs minutes. Qu’il puisse revenir en arrière. Relire un dialogue. Chercher un détail dans le décor.

La musique n’explique rien. Elle ne raconte rien à la place du lecteur. Elle accompagne simplement les émotions. Comme au cinéma, sauf qu’ici, c’est toujours le lecteur qui décide quand tourner la page. Je crois que cette différence est essentielle. La musique ne remplace pas l’imagination. Elle lui laisse encore plus de place.

Quelques notes peuvent donner l’impression qu’une aventure commence. Elles peuvent créer de la tension. Rassurer. Faire sourire. Donner de la grandeur à un paysage. Mais elles ne disent jamais au lecteur ce qu’il doit imaginer.

Elles ouvrent seulement une porte.

Une bande originale pensée comme un vrai voyage#

Créer la bande originale de Bazookat n’a pas consisté à ajouter quelques musiques au hasard. Chaque morceau a été pensé pour accompagner un lieu, une ambiance ou un moment important de l’histoire. Le potager n’a pas la même atmosphère que les profondeurs des grottes. Les marais n’ont pas la même énergie que les montagnes enneigées. Le désert ne raconte pas les mêmes émotions que la forêt.

J’avais envie que chaque morceau transporte le lecteur dans un nouvel environnement. Même sans regarder les images, on peut sentir qu’un paysage change.

Qu’un danger approche. Qu’un moment de calme arrive. La bande originale donne une couleur supplémentaire à l’histoire. Comme au cinéma. Sauf qu’ici, c’est toujours l’imagination qui construit le décor. La musique ne fait qu’ouvrir une porte. Et c’est justement ce qui m’intéressait. Je voulais créer quelque chose de nouveau sans retirer au livre ce qui fait sa force. Le silence. Le rythme personnel. La liberté. La possibilité de s’arrêter sur une page simplement parce qu’on aime le dessin.

La lecture immersive de Bazookat n’est pas là pour transformer la bande dessinée en écran. Elle est là pour rappeler qu’un livre peut encore surprendre.

Les enfants aiment vivre des expériences#

Quand on est petit, on construit des cabanes. On joue aux explorateurs. On transforme une boîte en fusée. On invente des mondes avec presque rien.

Pourquoi ?

Parce qu’on aime vivre une aventure. Je pense que les livres devraient parfois retrouver cette dimension. Lire sous une couverture avec une lampe. Lire dehors, dans un jardin. Écouter une musique d’ambiance. Chercher des détails cachés dans les illustrations. Imaginer la suite avant de tourner la page.

Tout cela transforme la lecture en moment attendu plutôt qu’en devoir. Aujourd’hui, nous parlons beaucoup d’expériences immersives. On pense aux jeux vidéo.

À la réalité virtuelle. Aux attractions. Mais un livre peut lui aussi devenir une expérience. Il suffit parfois d’un endroit confortable. D’un peu de calme.

D’une histoire que l’enfant a réellement choisie. S’installer. Ouvrir une bande dessinée. Lancer la bande originale. Découvrir les personnages. Prendre son temps. Se laisser porter. C’est cette idée qui me plaisait avec Bazookat.

Faire de la lecture un moment que l’on attend avec impatience.Pas parce qu’il le faut. Parce qu’on en a envie.

Et si le problème n’était pas les enfants ?#

Je me suis souvent demandé si nous ne posions pas la mauvaise question.

Au lieu de demander : « Pourquoi les enfants ne lisent-ils plus ? »

On pourrait peut-être demander : « Est-ce que nous leur proposons des livres qui leur donnent vraiment envie de lire ? »

Les enfants sont curieux par nature. Ils posent des centaines de questions.Ils inventent des histoires. Ils jouent. Ils rêvent. Je refuse de croire qu’ils aient perdu ce goût de l’imaginaire. Je pense simplement que nous devons continuer à créer des histoires capables de les émerveiller. Il faut aussi accepter que les formes changent. Une bande dessinée. Un roman illustré. Un manga. Un livre audio. Une lecture accompagnée de musique. Tous ces formats ne s’opposent pas. Ils peuvent au contraire conduire les enfants vers d’autres histoires. Le but ne devrait pas être de défendre un format contre un autre. Le but devrait être de donner envie de lire.

Les livres dont on se souvient ne sont pas toujours les meilleurs#

Je serais incapable de vous dire quel était le premier livre que j’ai lu. En revanche, je me souviens très bien des histoires qui m’ont marqué. Pas forcément parce qu’elles étaient parfaites. Mais parce qu’elles arrivaient au bon moment. Je crois que c’est comme les rencontres. Il y a des livres qui passent sans laisser de traces.

Et puis il y a ceux qui nous donnent envie de dessiner, d’écrire, d’inventer, de jouer ou simplement de rêver un peu plus longtemps. C’est pour cette raison que je ne pense pas qu’il existe un livre que tous les enfants devraient absolument lire. Chaque enfant est différent. Ce qui passionne l’un laissera complètement indifférent son voisin. Le plus important est donc de continuer à proposer des univers variés. Un enfant qui aime les dinosaures ne choisira peut-être jamais une histoire de princesses.

Celui qui adore l’espace ne s’intéressera peut-être pas aux pirates. Et c’est très bien comme ça. La lecture ne devrait jamais être une case dans laquelle tout le monde doit rentrer.

Elle devrait être une porte que chacun ouvre à sa manière.

L’imaginaire se cultive#

On parle souvent de culture comme de quelque chose qu’on apprend. Moi, je crois qu’elle se cultive. Exactement comme un jardin. On plante une graine. On attend. On arrose. Parfois, il ne se passe rien pendant longtemps. Et puis un jour, quelque chose pousse. La lecture fonctionne un peu de la même façon.

Chaque histoire laisse une petite graine dans l’imagination d’un enfant. Certaines disparaissent. D’autres restent. Et sans qu’on s’en aperçoive, elles influencent sa manière de voir le monde. Peut-être qu’un enfant qui lit une histoire sur la nature regardera ensuite les arbres autrement. Peut-être qu’un autre dessinera un robot après avoir refermé une bande dessinée. Ou qu’un troisième inventera son propre personnage. On ne mesure jamais vraiment l’impact qu’un livre peut avoir. Et c’est peut-être ce qui rend la création si passionnante. On ne sait pas où l’histoire va voyager.

On ne sait pas qui va la lire. On ne sait pas ce qu’elle va provoquer. Mais on la confie au lecteur en espérant qu’elle fera pousser quelque chose.

Lire, c’est aussi ralentir#

Nous vivons dans un monde où tout va très vite. On regarde une vidéo. Puis une autre. Puis encore une autre. On fait défiler des centaines d’images en quelques minutes. Les enfants grandissent dans cet environnement. Je ne pense pas que ce soit forcément une mauvaise chose. Chaque génération découvre de nouveaux outils. En revanche, je pense qu’il est précieux de conserver des moments où l’on prend son temps. Lire oblige à ralentir. On ne peut pas tourner dix pages en une seconde si l’on veut comprendre l’histoire. On observe. On imagine. On revient parfois en arrière. On s’arrête sur un dessin.

On remarque un détail que l’on n’avait pas vu la première fois. Finalement, lire, c’est peut-être l’une des rares activités où l’on accepte encore de ne pas aller vite. Et je trouve que cette lenteur a quelque chose de précieux. Elle laisse le temps à une émotion de s’installer. À une idée de rester.

À une image de devenir un souvenir.

Les parents ont un rôle plus important qu’ils ne le pensent#

Je ne crois pas qu’il faille être un grand lecteur pour donner envie de lire à son enfant. En revanche, je pense qu’il faut montrer que les livres ont une place dans la maison. Offrir un livre. En feuilleter un ensemble. Parler d’une histoire. Demander : « Tu en es où ? »

Ou simplement écouter un enfant raconter ce qu’il vient de découvrir. Ces moments paraissent parfois anodins. Pourtant, ils montrent qu’un livre est bien plus qu’un objet posé sur une étagère. C’est un sujet de discussion. Une aventure que l’on partage. Et parfois même un souvenir qui reste toute une vie.

Il ne s’agit pas de surveiller le nombre de pages lues. Ni de vérifier chaque soir si l’enfant a respecté un objectif. Il s’agit plutôt de créer une place pour la lecture.

Sans pression. Sans jugement. Sans transformer ce moment en devoir supplémentaire. Parfois, l’envie arrive simplement parce qu’un adulte s’assoit à côté et ouvre lui aussi un livre.

Si j’ai créé Bazookat, c’est aussi pour cette raison#

Quand je dessinais les premières pages de Bazookat, je ne pensais pas uniquement à raconter une aventure. Je pensais aussi au lecteur qui ouvrirait le livre. Je me demandais où il allait sourire. À quel moment il aurait envie de tourner la page. Quel personnage deviendrait son préféré.

Et surtout…

S’il aurait envie de revenir dans cet univers une fois l’histoire terminée. Parce qu’au fond, je crois que donner envie de lire à un enfant ne consiste pas à lui répéter que la lecture est importante. Il faut lui donner une raison de revenir. Une raison d’avoir hâte d’ouvrir le livre le lendemain.

Une raison de vouloir savoir ce qui se passe à la page suivante.

Si Bazookat peut être cette raison pour quelques enfants, alors tous ces mois passés à dessiner, écrire, corriger et recommencer auront eu un sens. Je ne rêve pas seulement que les enfants lisent Bazookat. Je rêve qu’après Bazookat, ils aient envie de découvrir d’autres auteurs, d’autres univers et d’autres histoires.

Si cette bande dessinée jeunesse devient une porte d’entrée vers le plaisir de lire, alors elle aura eu une utilité qui dépasse largement les pages qui la composent.

Une seule histoire peut tout changer#

Je ne sais pas si Bazookat donnera envie de lire à tous les enfants. Et ce n’est d’ailleurs pas mon objectif. Chaque enfant est différent. Chaque lecteur aussi.

En revanche, si un seul enfant referme cette bande dessinée avec l’envie d’en ouvrir une autre, alors j’aurai déjà réussi quelque chose. Parce qu’au fond, la lecture fonctionne souvent comme une réaction en chaîne. Un livre en appelle un autre. Puis un autre. Puis encore un.

Et sans même s’en rendre compte, un enfant qui disait ne pas aimer lire devient un lecteur.

C’est peut-être ça, finalement, la plus belle récompense pour un auteur. Écrire une histoire qui donne envie d’en découvrir d’autres.

Et si un jour un parent me dit : « Mon enfant ne lisait jamais… jusqu’à Bazookat. »

Alors toutes ces heures passées à dessiner, écrire, corriger et recommencer auront eu un sens. Parce que vendre un livre, c’est une satisfaction.

 Mais donner à un enfant le goût de la lecture, c’est une aventure qui peut l’accompagner toute sa vie.

Et si le plus beau cadeau que l’on puisse faire à un enfant était une histoire ?#

Quand j’ai commencé à dessiner Bazookat, je pensais créer une bande dessinée. Aujourd’hui, je me rends compte que j’essaye surtout de créer des souvenirs.

Peut-être que certains enfants oublieront cette histoire quelques semaines après l’avoir lue.

Et c’est très bien.

Mais peut-être aussi que, dans quelques années, l’un d’entre eux tombera sur un dessin de Bazookat au fond d’une bibliothèque, entendra par hasard une musique de la bande originale ou retrouvera son exemplaire au fond d’un carton.

Et d’un seul coup, tous les souvenirs remonteront. Je me souviens encore de certaines histoires de mon enfance. Pas forcément de tous les détails. Mais je me souviens de ce qu’elles m’ont fait ressentir. C’est ça qui reste. Les émotions. Les personnages. Les lieux. Les aventures. Un livre peut voyager bien plus loin qu’on ne l’imagine. Il passe de main en main. Il reste dans une chambre. Il attend parfois des années sur une étagère avant d’être ouvert par quelqu’un d’autre.

Et chaque nouveau lecteur y apporte un regard différent. Je trouve cette idée incroyable. Nous parlons souvent de transmettre un patrimoine.

Pour moi, les histoires en font partie. Elles traversent les générations. Elles inspirent. Elles rassurent. Elles donnent parfois du courage. Elles font rire.

Elles nous rappellent que l’imagination n’a pas d’âge. C’est pour cette raison que je ne pense pas qu’il faille absolument convaincre un enfant de lire.

Je crois qu’il faut surtout lui donner envie de découvrir. Le reste vient souvent tout seul. Une histoire en appelle une autre. Un personnage donne envie d’en rencontrer un deuxième. Une bande dessinée conduit vers un roman. Puis un autre. Sans même s’en rendre compte, un enfant qui disait ne pas aimer lire finit par attendre avec impatience son prochain livre.

J’ai imaginé Bazookat comme une aventure que l’on vit à son rythme. J’y ai ajouté une lecture immersive pour prolonger les émotions sans jamais prendre la place de l’imagination. J’ai voulu qu’une bande originale accompagne certains moments importants de l’histoire, non pas pour raconter à la place du lecteur, mais pour lui offrir une autre façon de voyager.

Parce qu’au fond, je suis persuadé qu’un livre peut encore surprendre. Qu’il peut évoluer.

Qu’il peut proposer une expérience différente tout en restant fidèle à ce qui fait sa force depuis toujours : laisser au lecteur la liberté d’imaginer.

Je ne sais pas si Bazookat sera le livre qui donnera envie de lire à votre enfant. J’espère simplement qu’il sera peut-être celui qui lui donnera envie de tourner une page de plus.

Puis une autre. Et encore une autre. Car c’est souvent comme ça que naissent les lecteurs. Pas grâce à une obligation. Pas grâce à une méthode miracle.

Mais grâce à une histoire qui arrive au bon moment.

Si cet article vous a parlé, j’espère qu’il vous donnera envie de continuer à partager des livres avec les enfants qui vous entourent.

Peu importe lesquels. L’essentiel est qu’ils découvrent qu’entre deux couvertures peut se cacher un monde entier.

Et si un jour ils croisent la route de Bazookat, alors j’espère qu’ils prendront autant de plaisir à parcourir son potager que j’en ai eu à l’imaginer.

Après tout, c’est peut-être là que commence le goût de la lecture.

Par une simple histoire.

Et l’envie de savoir ce qui se trouve à la page suivante.

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