Quand on pense à une bande dessinée, on imagine d’abord des dessins, des personnages et une histoire. La musique vient rarement à l’esprit.
Pourtant, dès les premiers jours de création de Bazookat, je savais qu’il manquerait quelque chose si le Potager restait silencieux.
Je ne voulais pas simplement raconter une aventure. Je voulais que l’on puisse aussi l’écouter.
C’est de cette idée qu’est né Le Jardin qui Chante, la bande originale officielle de Bazookat : un album instrumental de douze morceaux imaginé pour accompagner les paysages, les personnages et les émotions du Potager.
Une bande originale avant tout#
Avant de parler des musiques, je tiens à attribuer tout le mérite de leur réalisation à Alex Morisson.
Pendant des mois, je lui ai décrit des lieux, des créatures, des ambiances et des émotions. Je ne lui demandais jamais simplement de composer une musique.
Je lui racontais une scène.
Je lui expliquais ce que j’imaginais, ce que je voyais et surtout ce que l’on devait ressentir.
À partir de là, Alex faisait le reste.
Son travail de composition a progressivement donné une identité sonore à des endroits qui, jusque-là, n’existaient que dans mes dessins et dans mon imagination.

Là où naissent les idées#
Lorsque nous avons terminé l’album, j’ai eu envie d’écrire un court poème.
Non pas pour expliquer chaque morceau, mais pour résumer le voyage que propose Le Jardin qui Chante.
Le livret du CD s’ouvre donc sur ces quelques lignes.
Là où naissent les idées
Le Potager s’ouvre, et la lumière douce guide les premiers pas.
Sous la terre, les eaux patientes sculptent les chemins que l’on ne voit pas.
Les Eloun courent, et la plaine tremble sous leur foulée colossale.
Dans la canopée, les feuilles dansent au rythme chaud des racines tropicales.
Les Gloutons rient, et leurs cris secouent les pierres de la Taverne Sauvage.
Quand vient le repos, les feuilles se ferment et déposent leur douceur sur chaque visage.
La nuit s’ouvre, astrale, et les étoiles cherchent le chemin du jour.
Sous le dôme, l’été joue, coule, éclabousse et ne vieillit jamais en retour.
Mais l’ombre monte, discrète, et même les fleurs se tiennent en retrait.
Les cœurs se lèvent — un seul souffle, un seul courage, un seul souhait.
Le Souffle Blanc étouffe tout, sauf le froid, qui rampe et surveille.
Le Pèlerin des Sables avance seul, portant un rêve qu’un ancien venin réveille.
Chaque vers fait référence à l’un des douze morceaux de l’album.
Ce n’est pas un résumé de l’histoire de Bazookat. C’est plutôt une invitation à fermer les yeux et à imaginer le Potager avant même d’ouvrir la bande dessinée.

Douze morceaux, douze facettes du Potager#
Chaque musique possède sa propre identité.
Certaines représentent un lieu. D’autres un moment de la journée, une créature, une émotion ou une menace.
Ensemble, elles dessinent une sorte de voyage sonore à travers l’univers de Bazookat.
Potager Doré
Le Potager s’éveille.
C’est une introduction douce, lumineuse et rassurante. Une musique qui donne l’impression que le soleil se lève lentement sur les grandes prairies du Potager.
Les Beluna commencent à butiner les fleurs, les chats reprennent leur travail et la nature s’anime progressivement. Rien ne presse. Tout semble paisible.
C’est le premier souffle de l’univers de Bazookat. Celui qui invite le lecteur à franchir les portes du Potager et à découvrir les secrets qu’il renferme.
Nappe Souterraine
Sous le Potager se cache un immense réseau de grottes et de cavernes façonné depuis des siècles par les cours d’eau venus de la surface.
Cette musique nous entraîne dans les profondeurs de ce monde invisible.
J’imaginais les chats travailler sous terre, les coups de pioche résonnant contre la roche pendant qu’ils extraient les minerais rares nécessaires à la fabrication de leurs équipements technologiques.
L’eau s’écoule lentement, les échos se répondent et l’obscurité laisse toute la place à l’imagination.
Foulée Colossale
Quel thème cinématographique.
Lorsque je l’écoute, j’imagine immédiatement les immenses plaines du Potager balayées par le vent.
Les hautes herbes ondulent pendant que les Eloun, ces mastodontes de treize mètres de haut pour près de vingt-cinq tonnes, avancent lentement.
Chaque pas fait vibrer le sol.
Les chats s’arrêtent simplement pour admirer ces géants paisibles traverser les prairies comme s’ils existaient depuis toujours.
C’est un morceau qui donne au Potager une sensation de grandeur.
Canopée Dansante
Changement complet d’ambiance.
Inspiré du reggae, ce morceau apporte immédiatement de la bonne humeur. Les percussions donnent envie de bouger la tête avant même que l’on s’en rende compte.
Direction la forêt tropicale du Potager, au milieu des arbres géants, des fruits exotiques et d’une végétation qui semble elle-même danser au rythme de la musique.
C’est probablement le morceau le plus vivant de l’album.
Taverne Sauvage
Impossible de ne pas sourire en l’écoutant.
Une vieille taverne.
Des chants. Des rires. Des bagarres. Des chopes qui s’entrechoquent.
Cette musique fait directement référence aux Gloutons et à leur cité.
Ce sont des brutes un peu idiotes, mais terriblement attachantes, qui vivent avant tout pour manger, faire la fête et profiter du moment présent.
On imagine facilement une tablée entière chanter à pleins poumons avant qu’une bagarre n’éclate quelques secondes plus tard.
Repos Feuillu
Après toute cette agitation, il fallait un moment de calme.
Un bon repas. Une sieste à l’ombre d’un arbre. Le vent qui traverse doucement les feuilles.
Le temps semble s’arrêter quelques instants avant que l’aventure ne reprenne.
Repos Feuillu rappelle que le Potager n’est pas seulement un monde rempli d’action et de dangers. C’est aussi un endroit où l’on prend le temps de vivre.
Aube Astrale
C’est certainement le morceau le plus conceptuel de l’album.
J’ai toujours été fasciné par l’espace et ses mystères. Je voulais retrouver cette sensation dans une musique aérienne, presque flottante.
Sa particularité se trouve dans sa construction : deux parties qui finissent progressivement par fusionner.
La nuit rejoint lentement l’aube jusqu’à laisser apparaître les premiers rayons du soleil.
C’est un morceau qui voyage plus qu’il ne raconte.
Été Éternel
Avec ses presque cinq minutes, c’est le morceau le plus long de l’album.
Je l’imagine comme une immense journée d’été où tout le monde se retrouve.
Les barbecues. La piscine. Les cocktails. Les batailles d’eau. Les rires qui résonnent jusque tard dans la soirée.
Pendant quelques minutes, on oublie tout.
Le temps semble suspendu, comme si l’été ne devait jamais prendre fin.
Ombre Montante
Contrairement aux morceaux précédents, celui-ci ne représente pas vraiment un lieu.
Il représente une situation.
Une sensation.
Le moment où quelque chose bascule.
La lumière disparaît peu à peu. Le silence devient inquiétant. Une menace approche.
On ne sait pas encore laquelle.
Mais on sent que quelque chose ne tourne plus rond.
Ombre Montante installe la tension bien avant que le danger n’apparaisse.
Cœur Brave
Lorsque les ombres avancent, il faut du courage.
Cœur Brave est le grand thème héroïque de l’album. Celui qui accompagne Bazookat lorsqu’il décide de protéger les siens.
Je voulais une musique chevaleresque. Une musique qui donne envie d’avancer malgré la peur.
Parce que le courage n’est pas l’absence de danger.
C’est la décision de continuer malgré lui.
Souffle Blanc
Le calme peut parfois être plus inquiétant que le bruit.
Souffle Blanc est une mélodie douce en apparence. Pourtant, derrière cette sérénité se cache une véritable angoisse.
Autour du Potager s’élèvent les montagnes enneigées.
C’est là que vivent les Virans.
Le froid envahit peu à peu le paysage. Le silence devient pesant.
Et l’on comprend que certains dangers n’ont pas besoin de faire de bruit pour être redoutables.
Sable Royal
L’album se termine avec le thème de l’antagoniste.
Après le froid des montagnes vient la chaleur brûlante du désert.
Le Pèlerin des Sables avance seul.
Sa présence intrigue autant qu’elle inquiète.
Cette musique ne cherche volontairement pas à donner de réponses.
Qui est-il ?
Que cherche-t-il réellement ?
Pourquoi semble-t-il lié au destin du Potager ?
Je voulais que cette dernière musique laisse l’auditeur avec davantage de questions que de certitudes.
Parce que parfois, le mystère est plus puissant qu’une révélation.

Écouter Bazookat autrement#
Le Jardin qui Chante peut être écouté comme un album à part entière, mais il a également été pensé pour accompagner la lecture de Bazookat.
C’est ce que j’appelle le Fil Musical.
À certains moments de l’aventure, un morceau prend le relais pour accompagner ce que le lecteur découvre : un lieu, une ambiance, un instant de calme, une menace ou une scène plus intense.
L’idée n’est surtout pas de transformer la BD en film ou d’imposer un rythme de lecture.
Le lecteur reste libre.
Il peut s’arrêter sur une case, revenir en arrière, observer un détail ou simplement laisser la musique continuer pendant qu’il imagine ce qui existe au-delà des pages.
La musique est là pour ouvrir une porte supplémentaire vers le Potager.

Une bande originale qui a changé Bazookat#
Lorsque nous avons commencé à composer Le Jardin qui Chante, je pensais simplement créer une bande originale.
Avec le recul, je me rends compte que c’était bien plus que ça.
Cette musique n’a pas façonné Bazookat à ma place. Elle n’a pas écrit le scénario. Elle n’a pas inventé les personnages.
Mais elle les a constamment mis à l’épreuve.
À chaque nouveau morceau, je me demandais si le monde que j’avais imaginé était à la hauteur de ce que j’entendais.
La musique m’a poussé à aller plus loin.
À enrichir mon univers. À donner davantage de personnalité à certains lieux. À approfondir mes personnages. À repenser certaines scènes pour qu’elles soient aussi fortes visuellement qu’émotionnellement.
Elle m’a obligé à me surpasser, aussi bien dans mon dessin que dans mon écriture et dans la construction du Potager.
Aujourd’hui, je ne considère plus Le Jardin qui Chante comme un simple album instrumental.
Je le considère comme une partie intégrante de Bazookat.
Au même titre que les dessins, les dialogues ou les personnages.
Lorsque j’écoute cette bande originale, je n’entends plus seulement une succession de morceaux.
Je revois les plaines du Potager.
Les Beluna qui butinent.
Les Eloun qui avancent lentement.
Les Gloutons qui chantent dans leur taverne.
Les Virans qui attendent dans le froid.
Et je comprends que cet univers a grandi grâce à cette musique.
Sans elle, Bazookat serait toujours Bazookat.
Mais ce ne serait pas le Bazookat que j’avais rêvé de créer.
Parce qu’au fond, Le Jardin qui Chante n’accompagne pas seulement le Potager. Il lui donne une voix.

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